Régions

Espagne – Ribera del Duero

Poursuivant mon chemin à travers l’Espagne, je décide  de m’arrêter dans la région de Ribera del Duero, et plus exactement à Peñafiel.

Située à quelques kilomètres de Valladolid et du Portugal, je sens que cette ville est chargée d’histoire. Tout commence dès mon arrivée, avec une vue imprenable sur un magnifique château médiéval, illuminé en cette froide nuit d’hiver.  Mais je me sens comme une étrangère ici, les gens me regardent bizarrement, comme une intruse. Malgré cela je partis dès le lendemain,  à la découverte de cette région.

Le Duero  ou Douro, est le fleuve le plus célèbre du Portugal, prenant sa source en Espagne. La région de Ribera est bercée par celui ci, et a permis pendant des siècles le transport du vin avant l’arrivée du chemin de fer.

De plus, je constate un air familier avec les landes, il y a des forêts de pins et le reste est plutôt désertique. C’est alors qu’une phrase d’un de mes professeurs d’espagnol décrivant cette région, me revient « 3 meses de invierno, 9 meses de inferno » (« 3 mois d’hiver, 9 mois d’enfer). Ceci étant confirmé lors de mon rendez-vous avec le Consejo Regulador de l’appellation, qui m’apprend qu’ici les températures oscillent entre -20°c et +42°c, offrant ainsi une large amplitude thermique. Pour ma part je n’ai le droit qu’ à -2°c et quelques flocons de neige.

En comparaison avec la Rioja, c’est une région moins vallonnée, mais balayée par de forts vents. Je peux ressentir la rudesse des étés juste en observant les paysages.

L’appellation ne date que de 1982 mais bénéficie d’une forte renommée en Espagne et à l’international, notamment grâce à ces vins puissants et complexes. N’oublions pas que la région produit aussi le Pingus, vin le plus cher d’Espagne car issu de vieilles vignes pré-phylloxériques.

Vint le moment des dégustations. Je suis tout d’abord très surprise par la couleur noire, très intense des vins. Ce que disait Pierre Soulages, « il y a beaucoup de lumière dans le noir », prend ici tout son sens.

Après l’observation, le nez est envahie d’arômes de fruits noirs très mûrs telles que la cerise noire et la myrtille. Des fruits compotés, confiturés. De même, je suis frappée par des arômes virils, masculins tels que le cacao, le tabac, soulignant la puissance, la générosité et la complexité des vins de Ribera. La région est aussi réputée pour ses vins de grande garde, marqués par l’élevage qui demande au minimum 10 ans d’oubli.

La route gelée me conduit ensuite vers le domaine le plus célèbre de l’appellation, Vega Sicilia, où je découvre leur magnifique système de production ainsi que leur projet de plantation de plus d’un million de chênes lièges et blancs, en vue de produire à termes, leurs propres bouchons et barriques . La modernité rime ici avec biodiversité.

Mes premières impressions sur la région se dissipent peu à peu, et je comprends désormais la distance ressentie à mon arrivée. Il s’agit seulement de discrétion face à la forte renommée des vins de Ribera del Duero. Tout comme les habitants, les vins ont besoin de temps et de patience avant d’exprimer toute leur générosité.

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